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Accords migratoires avec Washington : Saint-Kitts-et-Nevis accepte des migrants… mais exclut les Haïtiens

BASSETERRE / WASHINGTON — Saint-Kitts-et-Nevis a confirmé avoir conclu un accord avec l’administration Trump pour accueillir un nombre très limité de migrants expulsés des États-Unis, tout en excluant explicitement les ressortissants haïtiens. Une position assumée publiquement par le Premier ministre Terrance Drew, qui invoque des considérations sécuritaires et régionales, et qui ravive le malaise autour de la place d’Haïti au sein de la CARICOM.

Selon le chef du gouvernement, l’accord concerne uniquement des ressortissants de la Communauté caribéenne (CARICOM), à condition qu’ils ne présentent aucun antécédent criminel violent, ne soient pas des délinquants sexuels et répondent à des critères stricts de sécurité. « Cela ne concerne personne en dehors de la CARICOM », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, avant de préciser à plusieurs reprises que les Haïtiens sont exclus de cet arrangement “pour des raisons de sécurité”.

Cette prise de position est d’autant plus marquante que Terrance Drew occupe actuellement la présidence tournante de la CARICOM. Il s’agit de la première reconnaissance publique par un État membre du bloc régional de limites explicites imposées à l’accueil de ressortissants haïtiens dans le cadre des négociations migratoires avec Washington. Une décision qui surprend, dans une région qui se présente régulièrement comme solidaire d’Haïti, notamment dans les discussions sur sa transition politique.

Saint-Kitts-et-Nevis fait partie d’un groupe de six pays de la CARICOM — avec Antigua-et-Barbuda, Belize, Dominica, Guyana et Sainte-Lucie — ayant annoncé des accords, formels ou non contraignants, avec les États-Unis pour accueillir des migrants dits de « pays tiers » ne pouvant être renvoyés dans leur pays d’origine. À ce jour, seule Antigua-et-Barbuda a détaillé publiquement les critères précis de son accord, incluant l’absence de casier judiciaire, des compétences professionnelles certifiées et une maîtrise fonctionnelle de l’anglais.

Dans plusieurs de ces États, ces négociations interviennent dans un contexte de pressions américaines liées aux programmes de citoyenneté par investissement (CBI), vivement critiqués par l’administration Trump pour leur manque présumé de transparence. Antigua et Dominica ont d’ailleurs été placés en décembre sous une restriction partielle de voyage vers les États-Unis.

L’exclusion d’Haïti relance un débat ancien sur son intégration réelle au sein de la CARICOM. Le pays est déjà exclu du Marché unique et économie de la CARICOM (CSME), et ses ressortissants restent soumis à des restrictions de visas dans la majorité des États membres. Pour Peterson Benjamin Noël, ancien ambassadeur d’Haïti auprès de la CARICOM, cette méfiance persistante reflète une perception d’Haïti comme une « menace migratoire silencieuse » plutôt qu’un partenaire à part entière.

« L’intégration d’Haïti est souvent abordée comme une nécessité symbolique ou stratégique, et non comme un engagement véritablement inclusif », estime-t-il, évoquant un consensus régional tacite qui influence les politiques sans être clairement assumé dans les discours officiels.

Ni le ministère haïtien des Affaires étrangères ni le bureau du Premier ministre n’ont réagi publiquement à ces révélations. Pendant ce temps, le débat enfle sur les réseaux sociaux, entre dénonciation d’un double discours régional et interrogations sur la solidarité réelle de la Caraïbe envers Haïti.

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