Caracas/Washington — La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, a haussé le ton contre les États-Unis en dénonçant ouvertement ce qu’elle qualifie d’ingérence directe de Washington dans les affaires internes de son pays. Ses déclarations interviennent plus de trois semaines après l’opération militaire américaine menée à Caracas, qui a conduit à l’arrestation de l’ancien président chaviste Nicolás Maduro.
S’adressant aux travailleurs du secteur pétrolier dans l’est du Venezuela, Delcy Rodríguez a lancé un message sans équivoque :
« Les ordres de Washington aux politiques vénézuéliens, ça suffit. Que ce soit la politique vénézuélienne qui résolve nos divergences et nos conflits internes. Assez des puissances étrangères. »
Ces propos marquent un tournant dans le discours officiel, alors que l’administration américaine, dirigée par Donald Trump, avait affirmé vouloir « diriger » temporairement le Venezuela afin d’assurer une transition politique jugée « sûre et appropriée ».
Une souveraineté mise à l’épreuve
Au lendemain de la capture de Nicolás Maduro, le président américain avait déclaré que Washington entendait dicter les décisions politiques du Venezuela jusqu’à nouvel ordre, justifiant cette position par la nécessité de rétablir la stabilité dans un pays plongé dans une crise politique, économique et sociale profonde.
Face à cette posture, Delcy Rodríguez dénonce le prix payé par la population vénézuélienne :
« Il a coûté très cher à cette république d’avoir à faire face aux conséquences du fascisme et de l’extrémisme dans notre pays », a-t-elle affirmé, évoquant des années de tensions internes et d’influences étrangères.
Libération de prisonniers politiques : un geste d’apaisement
Parallèlement à ce discours ferme, le gouvernement par intérim a engagé une série de mesures destinées à apaiser le climat politique. Selon l’ONG Foro Penal, au moins 104 prisonniers politiques ont été libérés en une seule journée, bien que ce chiffre reste provisoire. Depuis décembre, les autorités affirment avoir procédé à la libération de 626 détenus politiques, un chiffre toutefois contesté par les organisations de défense des droits humains, qui n’en confirment qu’environ la moitié.
Ces libérations sont perçues par certains observateurs comme un signal adressé à la communauté internationale, notamment aux États-Unis, afin de démontrer une volonté d’ouverture et de dialogue.
Une relation ambiguë avec Washington
Malgré ses récentes critiques, Delcy Rodríguez n’a pas totalement rompu avec Washington. Depuis sa prise de fonction le 5 janvier, la présidente par intérim a adopté une approche pragmatique, signant des accords pétroliers avec les États-Unis, engageant une réforme législative, notamment sur les hydrocarbures, et appelant à un dialogue avec l’opposition politique.
« Il ne peut y avoir de divergences ni politiques ni partisanes lorsqu’il s’agit de la paix du Venezuela », a-t-elle déclaré lors d’une intervention télévisée nationale, soulignant sa volonté de stabiliser le pays.
Une dirigeante soutenue en coulisses ?
Ces prises de position peuvent surprendre. Delcy Rodríguez a, par le passé, été publiquement saluée par Donald Trump, qui l’avait qualifiée de « personne formidable ». Selon des révélations du New York Times et du Wall Street Journal, la CIA l’aurait identifiée comme l’une des figures les plus à même de garantir la stabilité du pays en cas de chute de Nicolás Maduro.
Ancienne vice-présidente sous le régime chaviste, Rodríguez apparaît aujourd’hui comme une figure de transition complexe, oscillant entre coopération stratégique avec Washington et défense affirmée de la souveraineté nationale.
Un équilibre fragile
Entre pressions américaines, attentes populaires et fractures politiques internes, le Venezuela se trouve à un moment charnière de son histoire. Le discours de Delcy Rodríguez traduit cette tension permanente : coopérer sans se soumettre, réformer sans renier, gouverner sans perdre la main sur le destin national.
Reste à savoir si cette ligne de crête pourra être maintenue, alors que la population vénézuélienne, épuisée par des années de crise, attend des résultats concrets plus que des déclarations de principe.

