PORT-AU-PRINCE, mardi 24 novembre 2025 — Le conseiller-président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, a vivement dénoncé mardi la décision du gouvernement américain de le sanctionner, qualifiant la mesure de « mascarade » et de tentative de l’associer à des groupes armés. Lors d’un point de presse, l’économiste a affirmé que Washington cherche à le lier à « des activités illicites », alors que, selon lui, « depuis plus de deux décennies, quelques grandes puissances confisquent l’État haïtien et siphonnent ses ressources ».
La veille, le Département d’État américain avait annoncé l’imposition de restrictions de visa, sans dévoiler l’identité du responsable visé. Selon le communiqué, la sanction concerne un membre du gouvernement accusé d’appuyer des gangs et d’entraver les efforts de lutte contre les organisations criminelles, en vertu de l’INA 212(a)(3)(C).
Fritz Alphonse Jean rejette catégoriquement cette décision, estimant qu’elle vise à museler les critiques formulées par le CPT contre « l’incapacité du gouvernement » et les dérives observées dans la gestion du pays. « Dès que j’ai commencé à dénoncer l’incompétence du gouvernement sur la sécurité, la gouvernance et les élections, les pressions ont augmenté », a-t-il déclaré.
Selon lui, des menaces ont circulé sur WhatsApp, ciblant des membres du CPT. Il assure que des diplomates auraient averti : « Si nous ne renonçons pas au remplacement du Premier ministre, on nous retirera nos visas et ceux de nos familles. »
Il accuse également l’ambassade du Canada d’exercer « des pressions directes » pour maintenir Alix Didier Fils-Aimé en poste, malgré ce qu’il considère comme une « absence totale de résultats ».
Fritz Alphonse Jean soutient que le CPT a pourtant transmis au gouvernement toutes les instructions requises pour avancer dans les dossiers urgents, sans succès. Il dénonce également des « machines de communication financées par des ambassades » visant à imputer au CPT le retard des élections et le blocage de dossiers judiciaires.
Il estime que quelques individus « prennent l’État en otage », évoquant des réseaux liés à la drogue, aux armes, aux munitions et même au trafic d’organes. « Si combattre cette mafia est un crime, alors nous continuerons », a-t-il lancé.
Sur le plan budgétaire, le conseiller rappelle que le CPT avait voté un « budget de guerre » de près de 7 milliards de gourdes pour renforcer la sécurité, mais que « moins de 33 % » ont été exécutés. Il dénonce des lenteurs administratives qui paralysent notamment les opérations policières. Un comité ad hoc avait été mis en place pour accélérer les procédures, sans résultats tangibles.
Fritz Alphonse Jean s’est par ailleurs dit préoccupé par la présence de jeunes armés dans certaines institutions publiques, évoquant un risque d’infiltration de groupes criminels. Il a aussi signalé l’absence de réponse du gouvernement concernant la régularisation de 9,7 milliards de gourdes dans le budget rectificatif 2024-2025 et la hausse spectaculaire des intérêts de la dette interne, passés de 400 millions à près de 5 milliards de gourdes.
Il déplore l’immobilisme du ministère de la Justice et l’opacité entourant l’arrestation de personnes impliquées dans des crimes transnationaux. Il accuse également le gouvernement d’avoir signé des contrats importants sans l’aval du CPT.
Déterminé, Fritz Alphonse Jean affirme que le Conseil présidentiel reste engagé à mettre en place un gouvernement capable de répondre aux besoins du pays. « Le carrefour où nous sommes est un carrefour de dignité. Si mettre des gens compétents à la tête de l’État est un crime, nous n’arrêterons pas », a-t-il conclu.

