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Dialogue contesté, transition fragilisée : André Michel met en cause la démarche du CPT

Port-au-Prince, 26 janvier 2026. —
La dernière initiative de dialogue lancée par le Conseil présidentiel de transition (CPT) est loin de faire l’unanimité. Parmi les voix critiques, celle de l’avocat et homme politique André Michel se distingue par sa fermeté. Selon lui, ce processus, présenté comme une tentative de sortie de crise, souffre d’un déficit majeur de participation et de légitimité, compromettant ainsi la crédibilité même des décisions qui pourraient en découler.

D’après André Michel, la majorité des forces politiques et sociales organisées du pays n’a pas pris part à cette démarche. Une absence qu’il juge lourde de conséquences, dans un contexte où la transition est censée reposer sur la concertation, le consensus et l’inclusion. « On ne peut pas engager l’avenir du pays avec un dialogue auquel les principaux acteurs nationaux n’ont pas réellement participé », estime-t-il, soulignant que le CPT semble s’éloigner de la mission qui lui avait été confiée.

Pour l’avocat, le Conseil présidentiel de transition ne peut se permettre de prendre des décisions majeures sans l’implication effective des partis politiques, de la société civile et des forces vives de la nation. Une telle approche, affirme-t-il, va à l’encontre de l’esprit même de la transition, censée corriger les pratiques d’exclusion et de décisions unilatérales qui ont longtemps alimenté l’instabilité politique en Haïti.

Face à l’aggravation de la crise institutionnelle et à la paralysie de l’État, André Michel plaide pour l’ouverture urgente d’un dialogue national véritablement inclusif. À ses yeux, seul un accord politique large et crédible peut permettre de rétablir un minimum de confiance entre les acteurs et de créer les conditions nécessaires à l’organisation rapide d’élections libres et crédibles, condition indispensable au retour à l’ordre constitutionnel.

Toutefois, l’homme politique fixe une limite claire à toute tentative de concertation. Dans un message publié sur le réseau social X, il affirme sans ambiguïté : « Pas de dialogue avec des gangs. » Une déclaration qui vise à exclure catégoriquement les groupes armés impliqués dans l’insécurité et la violence qui gangrènent le pays de toute discussion politique. Selon lui, intégrer de tels acteurs dans un processus de dialogue reviendrait à légitimer la criminalité et à compromettre durablement l’État de droit.

Cette sortie d’André Michel intervient dans un climat politique particulièrement tendu, où la légitimité, la représentativité et le mode de fonctionnement du CPT sont de plus en plus remis en question. L’insécurité persistante, la crise humanitaire et l’absence d’institutions élues accentuent le sentiment d’urgence et de méfiance au sein de la population.

Cependant, au-delà de ses prises de position publiques, André Michel reste une figure controversée. Ancien opposant farouche à Jovenel Moïse, devenu par la suite allié de l’ex-Premier ministre Ariel Henry, il est régulièrement accusé par ses détracteurs d’opportunisme politique. Hors des réseaux sociaux et des déclarations médiatiques, beaucoup estiment qu’il peine à mobiliser la rue et à incarner une alternative crédible, traînant l’image d’un acteur politique rompu aux manœuvres, mais déconnecté des réalités quotidiennes de la population.

Dans un pays en quête de stabilité et de repères, cette nouvelle polémique autour du dialogue du CPT illustre une fois de plus la profondeur de la crise de confiance qui frappe la classe politique haïtienne. Alors que le temps presse, la question demeure entière : la transition saura-t-elle se réinventer par un véritable consensus national, ou continuera-t-elle à avancer sur un terrain miné par les divisions et les soupçons ?

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