Port-au-Prince, 14 décembre 2025 (RHINEWS) – La situation des droits humains en Haïti est « désespérée » et « catastrophique », a alerté Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Selon lui, l’absence quasi totale de sécurité empêche tout exercice des droits fondamentaux.
« Le droit le plus essentiel, c’est le droit à la sécurité. Sans lui, tous les autres droits deviennent des promesses vides », a insisté M. Espérance. Il a décrit un pays désormais sous le contrôle de gangs armés : plus de 90 % de Port-au-Prince et une grande partie de l’Artibonite et du Plateau central seraient dominés par ces groupes criminels.
Les conséquences sont immédiates : restrictions de circulation, institutions publiques déplacées, accès aux services essentiels limité, entreprises contraintes de négocier avec les gangs pour protéger leurs biens et leur personnel. Selon M. Espérance, les autorités et le Conseil présidentiel de transition (CPT) restent largement inactifs malgré les promesses d’action contre ces groupes.
Les chiffres sont alarmants. Le Groupe d’experts des Nations Unies sur Haïti documente des violations massives et persistantes des droits humains : en 2024, 7 342 personnes ont été assassinées et 2 017 enlevées. Les attaques collectives des gangs et des groupes d’autodéfense ont entraîné centaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés. À Port-au-Prince, la violence des gangs a forcé plus de 40 000 personnes à fuir leur domicile rien qu’en novembre 2024.
Les violences incluent lynchages, massacres ciblés et représailles : à Cité-Soleil, au moins 207 civils ont été tués par le gang Monel Felix, tandis qu’à Kenscoff, les attaques du gang Viv Ansanm ont provoqué jusqu’à 150 morts et le déplacement de plus de 3 000 habitants. Les incidents récents à Tabarre et Delmas ont également fait des dizaines de victimes civiles.
Le rapport des Nations Unies souligne également des violations commises par la police nationale haïtienne (PNH), dont plus de 556 personnes tuées lors d’opérations en 2024, 40 % sans lien avec des gangs. Certaines unités ont collaboré avec des groupes d’autodéfense, aggravant encore la crise. Des exécutions extrajudiciaires ont été attribuées à des policiers spécialisés et à des responsables judiciaires, portant le bilan humain à des niveaux dramatiques.
Selon le RNDDH et les experts internationaux, ces chiffres ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité : de nombreux massacres récents n’ont pas encore été comptabilisés, laissant craindre que le bilan réel soit encore plus lourd.
Dans ce contexte, la question des droits humains en Haïti est intimement liée à la sécurité. « Sans sécurité, il est impossible de parler de droits humains », conclut Pierre Espérance, dénonçant un État en faillite face à la criminalité organisée et à l’effondrement de l’autorité publique.

