PORT-AU-PRINCE, 3 décembre 2025 — La Conférence des Pasteurs Haïtiens (COPAH) a officiellement saisi les commissions des Affaires étrangères du Congrès américain pour dénoncer ce qu’elle considère comme des ingérences diplomatiques répétées des représentants américains en Haïti.
Dans une lettre adressée aux présidents des commissions de la Chambre des représentants et du Sénat, l’organisation religieuse affirme que certains diplomates dépassent régulièrement les limites imposées par les conventions internationales, compromettant selon elle la souveraineté et l’équilibre institutionnel du pays. La COPAH souligne d’emblée qu’elle respecte les institutions américaines, mais juge nécessaire d’alerter sur des pratiques qu’elle qualifie d’incompatibles avec l’esprit et la lettre de la Convention de Vienne.
La correspondance revient longuement sur plusieurs épisodes marquants des relations haïtiano-américaines, évoquant un historique d’interventions perçues comme abusives.
Elle mentionne notamment le renversement du président Jean-Bertrand Aristide en 1991, les tensions autour des résultats électoraux de 2011 à la suite du séisme, ainsi que les prises de position diplomatiques ayant suivi l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. Pour la COPAH, ces événements démontreraient un schéma constant : une influence politique américaine qui, selon elle, outrepasse la simple coopération diplomatique et affecte la vie institutionnelle du pays.
L’organisation cite également des actions plus récentes, comme la visite de l’ambassadeur Dennis B. Hankins à la Fédération Protestante d’Haïti en août 2024 au moment d’un conflit interne avec la COPAH, ou encore un message WhatsApp du chargé d’affaires Henry Wooster adressé à un membre du Conseil Présidentiel de Transition, que la COPAH décrit comme « une pression directe et inadmissible ».
Dans sa lettre, l’organisation estime que ces interventions renforcent un sentiment de frustration et d’humiliation au sein de la population haïtienne, déjà éprouvée par l’insécurité et la crise institutionnelle.
Elle affirme que ces pratiques alimentent l’idée que Washington chercherait à influencer les choix politiques internes du pays, créant l’impression d’une nation placée sous tutelle plutôt que maîtresse de son destin. La COPAH reconnaît que les États-Unis disposent d’intérêts légitimes en Haïti, mais soutient que cette influence ne doit jamais se transformer en pression diplomatique ou en menace implicite.
L’organisation en appelle ainsi au Congrès américain pour qu’il exerce son rôle de contrôle, examine ces pratiques et encourage une diplomatie plus respectueuse de l’autodétermination haïtienne. Elle demande également que les actions américaines soient alignées sur le principe de non-ingérence, afin de restaurer une confiance durable entre les deux nations.

