Port-au-Prince, 15 février 2026 — L’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti (OCNH) a transmis cette semaine un rapport d’analyse au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
L’organisation met en garde contre les effets potentiellement discriminatoires de l’Arrêté du 1er décembre 2025 portant sur l’application du Numéro d’Identification Nationale Unique (NINU) et de la Carte d’Identification Nationale (CIN).
Un décalage entre modernisation et réalité administrative
Dans ce document, l’OCNH souligne un décalage profond entre les ambitions de modernisation de l’État haïtien et la réalité du système de l’état civil.
Selon l’organisation, l’application stricte de l’arrêté, sans réforme préalable, risque d’exclure une part importante de la population, notamment les citoyens ne disposant pas d’actes de naissance réguliers. Une telle situation pourrait, à terme, accroître le nombre de personnes exposées à l’apatridie ou à une marginalisation administrative durable.
Des constats de terrain préoccupants
Les enquêtes menées par l’organisation dressent un tableau préoccupant.
De nombreux bureaux de l’état civil fonctionneraient dans des conditions précaires, parfois installés dans des résidences privées ou des locaux inadaptés, compromettant la conservation des registres et la sécurisation des données.
Par ailleurs, l’absence d’infrastructures hospitalières dans plusieurs sections communales, ainsi que le rôle limité des matrones dans la déclaration des naissances, créeraient un fossé entre la naissance réelle et l’existence légale des citoyens.
Risque d’exclusion sociale
L’OCNH alerte également sur le risque d’exclusion sociale. L’exigence du NINU pour accéder aux services publics, effectuer des démarches administratives ou participer à la vie civique pourrait priver des milliers d’Haïtiens de leurs droits fondamentaux.
Pour l’organisation, imposer l’identification numérique sans garantir l’accès universel à l’acte de naissance reviendrait à institutionnaliser une forme de « mort civile ».
Sans rejeter le principe de modernisation, le directeur exécutif de l’organisme, Camille Occius, appelle les autorités à engager une réforme structurelle et profonde de l’état civil avant toute généralisation du NINU. Il estime que la fiabilité du système d’identification dépend avant tout de la solidité de sa base juridique et administrative.
En conclusion, l’organisation se dit prête à collaborer avec la Primature afin de formuler des politiques publiques inclusives, capables de concilier innovation technologique et respect effectif des droits des citoyens.

